Tous les photographes qui travaillent sur leurs fichiers bruts le savent très bien: à l’heure actuelle, il est difficile de garder un flux de travail totalement en RAW et surtout géré par une seule application, depuis l’importation des images depuis le boîtier, jusqu’à leur sortis pour l’impression ou web, en passant, et étape devenant de plus en plus incontournable, le catalogage des fichiers.

En travaillant avec Bridge et Photoshop par exemple, dès que vous importez l’image dans ce dernier, le flux est cassé puisque l’original passe à travers la moulinette Camera RAW pour être ensuite « interprété  » par Photoshop en format PSD. Toutes les retouches que vous y faites sont donc destructives, car vous travaillez sur un fichier bitmap. Bien entendu, pour permettre un retour en arrière, on peut empiler les calques et les filtres dynamiques. Seulement, votre image de départ qui fait dans les 10 Mo en sortant de votre appareil, prend vite de l’embonpoint et peut être facilement décuplé pour peu que vous fassiez quelques retouches et ajoutiez quelques calques.

D’un autre côté, les éditeurs externes pour Lightroom ne courent pas les rues, du moins tant que la version 2 et son SDK ne sont pas dévoilés et officiellement disponibles. Les bêtas circulant semblent prometteurs au dire de ceux qui ont eu la chance de tester, mais pour ce qui est des éditeurs non destructifs, j’attends de voir, car Adobe avait annoncé la disponibilité d’un SDK pour la première mouture qui n’a pas vu le jour. Comme quoi, il ne doit pas être simple de proposer une solution pour les éditeurs tiers qui ne casse pas ce fameux flux RAW.

La solution adoptée par Apple avec Aperture 2.1 n’est pas élégante et détruit aussi ce flux de travail non destructif. Avec n’importe quel éditeur, Aperture est obligé d’exporter en format TIFF/PSD vers l’éditeur qui ensuite appliquera ses retouches sur ce fichier. En théorie, il est possible à l’éditeur intégré à Aperture de demander le fichier original, c’est écrit dans la doc du SDK :

<!– Optional. If your plug-in reads the RAW master data from images

but only supports certain raw formats, providing a list of file name extensions

here will disable your plug-in if the user has selected any images that

aren’t RAW or are RAW but do not have one of the extensions listed here.

Note that Aperture will still pass images that do not have any extension at

all to your plug-in, regardless of the extensions listed here. –>

Toutefois, il faut que l’éditeur ait son propre moteur RAW et le retour vers Aperture doit se faire de toute façon par un fichier bitmap (TIFF, PSD, JPEG).

color

J’avais évoqué la chose en novembre 2007 lorsque le programme Color, intégré à la suite d’édition vidéo Final Studio avait été mentionné par cet article.

Color, qui est en fait un logiciel de calibration couleur pour la vidéo acquit par Apple il y a quelques 2 ans, possède des technologies de retouche et de sélection qui pourraient très bien faire le saut de la vidéo vers la photo au sein des solutions Apple. En regardant les quelques vidéos de présentation, on peut se rendre compte que Color possède déjà des outils de sélection pour la retouche localisée grâce à des courbes de Béziers (exactement identiques à Lightzone).

colorbezier

Il est alors facile de voir/souhaiter/imaginer ces technologies internes migrer vers Aperture.

Encore plus étonnant, c’est l’architecture des filtres dans Color qui ressemble d’ailleurs à celle du logiciel de compositing Shake. On a ici à faire à des « processus » de flux sous forme de noeuds auquel il est possible d’associer des filtres de toutes sortes. Le rendu est fait en temps réel grâce à Core Image et à la carte graphique (pour cette raison que les applications pros d’Apple requièrent des GPU puissants pour bien fonctionner: Aperture, Final Cut, Shake et encore plus Motion).

On peut d’ailleurs voir un aperçu d’un éditeur d’image non destructif basé sur ce principe des noeuds: Naked Light. Pour l’instant, il tient plus du vaporware, mais l’idée est là.

colorfilters

Imaginez donc la puissance d’une telle architecture pour Aperture. Les plug-ins seraient alors gérés en temps réel, comme de simples filtres évolués, et donc n’auraient plus besoin d’exportation et d’importation d’un module à l’autre. Seule l’exportation finale est rendue pour être imprimée, mise en ligne. Certes une carte graphique costaude serait nécessaire, mais cela ne change rien à ce qui est déjà actuel. Le seul hic à mon sens reste de demander à nouveau aux éditeurs de réécrire leurs modules d’édition pour cette architecture différence.

Je ne doute pas qu’à Cupertino, ils y aient plus que pensé, peut-être aurons-nous droit à quelque chose de ressemblant dans la version 3 d’Aperture et l’optimisation de Snow Leopard. Toujours est-il qu’Adobe prépare sa vision de l’édition localisée pour Lightroom 2 et qu’Apple se doit d’innover pour tenir une concurrence solide et il me semble que c’est une voie innovante pour la photo.